Le film est effectivement une ode guerrière contre la pitié, la culpabilité, le pessimisme et le commisérabilisme - à mon avis les plus grands maux de notre temps. Il propose à la place une vision, disons... « différente ».
Commentaire du critique ? « on s’interroge : et ceux qui ont perdu la « guerre », ceux dont l’enfant est mort, est-ce parce qu’ils ne se sont pas assez battus ? »
Hein?? Je dois avoir mal lu.
Puis il enchaîne, en critiquant la vision qu'il dit politique, destinée à encenser ceux qui luttent et qui cherchent à gagner. Pire, il va plus loin en disant : « ceux – moins armés ou moins forts - qui ont perdu le combat et se sont laissés envahir par le découragement. Eux aussi méritent bien un film »
Et là, on atteint le coeur du problème.
La société française - et européenne en général - a un certain nombre de problèmes, mais celui-là est le plus important, car lorsqu'on essaye de présenter des solutions pour les autres problèmes, il est celui qui empêche la plupart d'entre nous de les entendre, de peur de devoir remettre en question leur vision philosophique - une vision parfaitement illustrée ici par ce journaliste.
Mais peut être que certains - beaucoup ? - ne s'en sont pas encore rendu compte, et qu'ils ont besoin d'exemples, d'illustrations, pour comprendre quel est ce mal qui ronge l'esprit et empêche toute amélioration de la situation.
Prenez donc ici ses propos au premier degré, car le critique propose d'admirer ceux qui échouent. De les encourager aussi, pourquoi pas, en leur faisant quelques films spécialement pour eux ! Des films « pour looser » au sens propre du terme, destiné à inverser la relation qui lie la lutte et la réussite à l'admiration - puisque c'est une valeur qu'il trouve politique. Un film ou le faible pourra se sentir fort, et se trouvera justifié dans sa vision erronée de la vie et dans son échec. Un nouvel opium du peuple.
Mais si vous n'avez pas encore réalisé cette tendance de la société, peut être n'avez vous pas encore constaté que la plupart de ce qui est diffusé correspond déjà exactement à ça.
Et le problème pour certains biens pensants comme ce journaliste, c'est qu'il reste des morceaux d'opposition à leur idéologie,
Mais que promeut leur idéologie ? C'est quoi le plan de société ? Juste de remplacer l'admiration de la réussite par l'admiration de l'échec - c'est tout aussi simple. Au passage, il y a aussi beaucoup d'autres choses à « revaloriser » de cette manière : de la couardise à la fainéantise ... tout un tas de mots qui ne doivent plus être des maux, dans ce grand phénomène d'inversion des valeurs contemporain de périodes de décadence.
C'est d'ailleurs tout l'intérêt de ce phénomène, quoi doit permettre à ceux qui avaient honte d'eux même dans leur vision initiale des choses de tout à coup pouvoir se trouver admirables.
Et c'est bien là le malheur de la société française et européenne - de ne plus trouver admirable que ce qui est faible et qui échoue. De l'encourager et de financer aussi, dans une sorte de darwinisme à l'envers, ou ce qui est fort doit être supprimé et opprimé, et ce qui est faible doit être encouragé et valorisé. Allez donc vous étonner, avec de tels préceptes, que « la société aille mal ».
Il y a plus de psychologie humaine dans le film « la guerre est déclarée » ou même dans « Conan le barbare » pour prendre un autre film « guerrier », que dans l'idéologie bien pensante qui nous est proposée - et plus de bonheur aussi.
Et c'est la faille de cette vision erronée, et quelque chose qui choque encore ceux qui l'ont adopté : de ne pouvoir atteindre le bonheur, alors que d'autres qui ont des « valeurs déviantes », comme la célébration du succès, le puissent - même quand parfois ils échouent malgré tous leurs efforts ! Le tout est moralement et philosophiquement injustifiable lorsqu'on a un système de pensé juste basé sur la glorification de l'échec. La seule échappatoire est donc de lutter contre toute opposition idéologique, de diaboliser les autres valeurs et leur défenseurs.
Mais qu'espèrent-t-ils? Qu'ainsi, s'il n'y a plus de célébration du succès, qu'il n'y aura plus de bonheur, et donc que la dernière barrière au succès de leur nouvelle idéologie aura ainsi disparue, car plus personne ne pourra trouver cette faille maintenant disparue ? Je n'oserais le penser.
Enfin bon, je vais moi aussi succomber à cette maladie de l'esprit, au moins pour une minute, en trouvant « admirable » le commentaire du critique de Marianne - « admirable » bien sur au sens que lui accorde son idéologie. Comprenne qui peut.
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